La Vie : Dialogue interreligieux : Le Liban crée une fête nationale islamo-chrétienne

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Joséphine Bataille publié le 22/02/2010

Le gouvernement libanais vient d'établir une fête nationale dans laquelle chrétiens et musulmans s'uniront autour de la figure de Marie, commune aux deux religions. Elle se déroulera le jour de la fête de l'Annonciation.

Chrétiens et musulmans vont avoir une fête commune, et c'est une première  au monde. Le 25 mars vient en effet d'être décrété "fête nationale commune islamo-chrétienne" par le gouvernement libanais, sur proposition du premier ministre, Saad Hariri. La nouvelle fête se déroulera le jour où les chrétiens fêtent l’Annonciation, sans toutefois la remplacer.


Le projet est de faire de la figure de la Vierge Marie, vénérée dans les deux religions, un élément de cohésion national. En effet, l’Évangile et le Coran relatent tous deux l’Annonciation de l’Ange Gabriel à Marie, et le mystère de la naissance virginale de Jésus. Pour les musulmans toutefois, Marie (Maryam) n'est que la mère du prophète Jésus (Issa); elle n'est nullement celle qui va mettre au monde le fils de Dieu, celui que les chrétiens considèrent comme le Christ.

Une mosquée dans le sillage d'une eglise, à Beyrouth, au Liban / © DR

Cette initiative a été préparée par une délégation islamo-chrétienne, et portée devant le gouvernement il y a quelques jours, afin qu'il officialise une décision prise en 2009 déjà. Celui-ci reconnaît ainsi que la place très importante de la dévotion à Marie, tant chez les chrétiens que chez les musulmans, constitue un point d'union entre les Libanais de toutes confessions. Suite à cette décision politique qu'ils qualifient d'historique, les promoteurs de cette fête espèrent bien faire des émules dans d'autres pays.

Car les acteurs du dialogue interreligieux travaillent dans ce sens depuis plusieurs année. Des célébrations communes de l'Annonciation sont notamment organisées dans le sanctuaire de la Vierge de Harissa, le plus grand du Liban, au nord de Beyrouth, ou au collège jésuite Notre-Dame de Jamhour sur le thème "Ensemble autour de Marie-Notre-Dame". Cette dernière initiative reçoit un très bon accueil de la part des Libanais. Des délégations étrangères, notamment d'al-Azhar, s'y associent, et chaque année, témoignages, prières et chants font de cette rencontre un évènement national retransmis en direct par la télévision et suivi par des centaines et des centaines de milliers de téléspectateurs dans le monde.

Au-delà de son aspect symbolique, cette nouvelle fête nationale sera chômée. Elle devra donner lieu à des programmes sociaux-culturels valorisant ce que partagent les chrétiens et les musulmans. Une association va être constituée dans ce but, à partir  de la commission spirituelle fondatrice de l'événement de Jamhour, et avec des représentants d’associations et artistes œuvrant dans le domaine du dialogue islamo-chrétien ou dans le domaine marial.

Reçu en audience par le pape Benoît XVI le 21 février, peu après le décret établissant la fête islamo-chrétienne, le premier ministre a fait valoir son engagement en faveur de la coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans. Les deux chefs d'Etat ont émis le voeu qu' "à travers la coexistence exemplaire des diverses communautés religieuses qui composent le Liban, le pays continue d'être un message pour la région du Moyen-Orient et pour le monde entier".