L'Orient-Le Jour : Drôle de fête (10/03/2017)

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 Sami RICHA
OLJ - 10/03/2017

La journée consacrée aux enseignants, eid al-moallem, en ce 9 mars, doit nous forcer à nous interroger quant à l'avenir de ce métier, en grande partie responsable de ce qui fait l'essence d'une nation, l'éducation de ses générations futures. L'ancien ministre français Jean-Pierre Chevènement disait du corps enseignant que c'est la plus grande armée du monde, après l'Armée rouge.

Ces hommes et ces femmes qui se lèvent tôt, répètent inlassablement leur savoir, gèrent des classes surpeuplées avec beaucoup de sous-doués, rentrent chez eux le soir éreintés pour corriger et préparer encore le lendemain, avec souvent leurs propres enfants auxquels ils enseignent, aussi, à la maison, tout cela pour des salaires souvent de misère, peuvent-ils néanmoins s'adapter aux défis contemporains majeurs qui les attendent dans nos classes et nos écoles ?
En effet, ce sont trois grandes questions de société qu'ils auront à gérer à l'avenir...

L'intimidation scolaire, d'abord. Une véritable culture de la moquerie et du harcèlement qui s'installe désormais dans les rapports entre élèves. Immensément relayée par internet et les réseaux sociaux. Les études indiquent que plus de 10 % d'enfants peuvent être la cible de ce phénomène. Ce chiffre doit être revu à la hausse. Dans une récente étude libanaise effectuée par notre département, que nous avons honte de publier, presque un enfant sur quatre a été ou est la cible de l'intimidation dans sa classe ou dans son école... Serait-ce le présage de la pathologie scolaire la plus grave qui nous attend dans le futur proche ?

Le cannabis, ensuite. Une drogue sournoise avec son cortège de signes cognitifs qui vont inéluctablement toucher la concentration et la mémoire des jeunes à un moment de leur vie où se constitue le socle académique qui déterminera leur avenir. Sans conteste drogue du futur, le cannabis balaiera les certitudes et l'on doit désormais former nos enseignants à savoir gérer une classe enfumée. À force de banaliser et de dédramatiser, on finira par avoir une drogue dont la seule douceur est d'adoucir les ambitions scolaires et universitaires de ses usagers.

Les écrans, enfin. Modalité amenant l'imagination et confortant la curiosité, elle n'en demeure pas moins très grave quant à ses répercussions sur le sommeil, sur la vie privée et la véritable dépendance qu'elle peut engendrer. Virtualité du sexe et des jeux en ligne sans limites ne sont pas des conséquences aux effets mineurs qui vont émailler le vécu des jeunes qui s'accrochent aux écrans, avec surtout une espèce de propagation qu'aucun virus, aussi virulent soit-il, ne peut prétendre égaler.

Avec ces trois défis imposants, les enseignants pourront-ils continuer à user de leur autorité dans une société où les repères se perdent ?
Continueront-ils à dire « non » dans un monde où la permission et la permissivité sont de rigueur ? Ce sont ces questions aux réponses incertaines que cette journée doit nous appeler à méditer.

Sami RICHA
Professeur associé