Les martyrs de la guerre auront enfin leur mémorial au Collège N-D de Jamhour (25/07/2015)

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Liban
Mémoire

Une muraille d'acier de dix-huit mètres de long portera les noms d'une soixantaine d'anciens et d'éducateurs morts du fait du conflit libanais. Sa construction devrait être achevée avant la fin de l'été.
Béchara MAROUN | OLJ - 25/07/2015

C'est à l'entrée du Collège Notre-Dame de Jamhour, sur le petit chemin près de l'esplanade menant à l'église du collège, le long du bassin aux poissons, que des travaux d'excavation ont été entamés il y a déjà quelques jours sur la pelouse. C'est là que, vers la fin de l'été, devra être achevée la construction d'un monument en l'honneur des martyrs de la guerre, baptisé le Mémorial des martyrs du collège.
L'idée n'est pas toute neuve. Il y a plus de 25 ans, alors que le père Madet était recteur du collège, une initiative similaire avait été proposée par des anciens de l'école, avant d'être empêchée, ironie du sort, par la reprise de plus belle de la guerre. L'argent collecté pour le financement avait alors été reversé à la mutuelle des bourses scolaires.

Aujourd'hui, « ce monument a pour but en quelque sorte de ne pas oublier tous les martyrs du collège, morts du fait de la guerre, explique le père Bruno Sion, recteur de l'école. Il s'agit donc de toutes les personnes mortes du fait de la guerre depuis 1975 et qui sont passées par le collège, qu'il s'agisse de combattants, de victimes de tireurs embusqués, de bombardements ou de personnes disparues. » « Nous avons essayé de rechercher la première pierre qui avait été posée du temps du père Madet, mais nous n'avons jamais pu la retrouver », ajoute le père Sion, qui s'apprête à quitter ses fonctions de recteur le mois prochain. « Je suis heureux d'avoir pu pousser cette réalisation avant mon départ et je reviendrai d'Égypte pour l'inauguration du monument, le 22 novembre », confie-t-il encore.

Une représentation du mémorial tel qu’il va être construit. Les travaux ont déjà été entamés près de l’église du collège. Photo Jean Darwiche

 

De son côté, Joseph Otayek, ancien de la promo 1980 et qui a remis l'idée sur le tapis, rappelle que « des dizaines d'élèves, anciens élèves ou éducateurs jésuites ont arrosé de leur sang la terre du Liban ». « Quelle que soit la couleur du drapeau sous lequel ils se battaient, ils sont tous tombés pour le Liban, sans doute pour différentes idées du Liban, mais pour le Liban au final. Les Libanais sont des gens qui ont malheureusement très peu de mémoire et qui vivent surtout dans le présent. Je pense que le moment est propice pour honorer la mémoire des martyrs du collège et les donner en exemple et en héritage aux jeunes élèves de Jamhour, où tout a commencé. C'est là, en fin de compte, que nous avons été élevés au don de soi inconditionnel », poursuit-il.

Un appel à contributions
Le 22 novembre, le jour de la fête de l'Indépendance, une longue muraille en acier devra ainsi avoir été érigée sur la pelouse de Jamhour. Elle portera les noms des martyrs avec l'année de leur promotion, leur date de naissance, ainsi que la date et le lieu de leur décès. Une manière d'honorer leur mémoire sans connotation partisane. En face de la muraille, un banc de pierre pour la « contempler » fera aussi partie du mémorial. Le mât du collège sera quant à lui déplacé pour faire partie du secteur. Imaginé par Racha Hage Chahine (promo 2008) et Léa Bou Chédid, toutes deux diplômées de l'Alba, le projet a été sélectionné, au terme d'un concours ouvert aux anciens du collège, par un jury formé de Bruno Sion, Zeina Saleh Kayali, Jean-Pierre Mégarbané, Nagy Khoury, Melhem Khalaf, Joseph Otayek et Fadlallah Dagher.


« Il est vrai que nous n'avons pas vécu la guerre (comme tous ceux qui ont émis des propositions au concours d'ailleurs), mais elle nous concerne sûrement », explique Léa Bou Chedid, embauchée après avoir gagné le concours par la société qui exécute le projet. « C'est par ailleurs un monument qui va perpétuer la mémoire de nombreuses victimes et inciter les étudiants à être plus patriotes. Au départ, nous avions imaginé, Racha et moi, un monument très imposant. Mais après avoir visité le site, nous avons remarqué à quel point il est respectueux de la nature et est authentique. Nous avons alors décidé de faire une création qui s'intègre à la vie du collège sans la perturber et qui soit symbolique. » Et de poursuivre : « La muraille s'étendra sur 18 mètres de longueur, s'élèvera symboliquement au-dessus de la pelouse et pourra être visible à toute personne se promenant dans l'allée menant à l'église. Le mât du drapeau libanais sera déplacé, symboliquement aussi, jusqu'au bout de l'allée. Les noms, eux, gravés dans le corten, un acier qui vieillit mais ne se dégrade pas, pourront enfin être illuminés la nuit. »


Au total, une soixantaine de noms ont été recensés par le secrétaire général de l'amicale des anciens Nagy Khoury et par Jean Darwiche (promo 1979), qui a été à l'origine de l'initiative alors qu'il était encore en classe de première au collège. « Le mémorial n'honorera pas que des victimes tombées entre 1975 et 1990, mais pourrait également comporter des noms de victimes mortes de conséquences de la guerre comme David Ajaltouni, ancien du collège mort dans l'explosion d'une grenade à l'Esib (en l'an 2000), auprès d'autres noms comme Amine Assouad ou encore François Zein », raconte Jean Darwiche. « C'est en 1978 que j'avais d'abord, avec quelques camarades d'école, eu l'idée d'honorer la mémoire des victimes de la guerre, poursuit-il. J'ai moi-même combattu et perdu de nombreux amis. J'ai même ramassé les corps de certains amis morts sur le champ de bataille. Je suis heureux de pouvoir enfin rendre hommage à toutes ces victimes, pour leur dire merci, après que ce projet a malheureusement été reporté de nombreuses fois. Il s'agit d'un modeste témoignage de grandeur. »

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