Rencontre des élèves de 1re avec P. Oliver Borg s.j. (décembre 2014)

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Dans le cadre des activités et événements au programme de la semaine jésuite,    P. Oliver Borg s.j. [1] a rencontré les élèves de 1re en salle d’académie, les lundi 1er et mardi 2 décembre 2014, et ce en vue de les sensibiliser aux principes de l’éducation jésuite, le thème de cette rencontre étant L’Éducation Jésuite et la Pédagogie Ignatienne.

Dans un premier temps, P. Borg a rappelé le rôle fondamental de la Compagnie de Jésus notamment dans le domaine éducatif : de fait, depuis la fondation de la Compagnie par Saint Ignace de Loyola au XVIe siècle, les éducateurs jésuites n’ont eu de cesse d’œuvrer pour “former tout l’homme et tout homme”. En témoigne le rayonnement culturel via les collèges et universités jésuites présents partout dans le monde.

En second lieu, l’exposé du père Borg a porté sur les 5 piliers de l’éducation jésuite :

  1. La cura personalis à savoir l’attention particulière portée à la personne, à l’individu (l’élève, en l’occurrence): indépendemment des notes obtenues ou de ses capacités ou performances scolaires (de son statut académique), l’élève doit être considéré comme un être unique, distinct du groupe classe, qui a son histoire personnelle (son vécu, son histoire familiale, etc.) et qui mériterait, comme tout un chacun, toute l’attention de l’éducateur lequel n’est pas un simple médiateur du savoir cherchant à faire acquérir des compétences, mais également et surtout un accompagnateur, un guide qui suit pas à pas le cheminement de l’élève et qui l’aide à s’épanouir pleinement en développant toutes les dimensions de son être (physique, spirituelle, sociale, émotionnelle, relationnelle, intellectuelle, etc.), le véritable but de l’éducation étant de former tout homme et aussi tout l’homme. Ainsi, ce n’est pas la masse d’informations qui compte dans l’éducation mais l’approfondissement, l’auto-apprentissage, l’appropriation. La qualité (une tête bien faite, qui sait bien penser, bien analyser, trier, associer, faire des choix, réinvestir à bon escient les notions acquises, etc.) l’emporte sur la quantité (une tête pleine, bourrée d’une masse confuse d’informations dont elle ne sait que faire). Par ailleurs, l’éducateur jésuite a à cœur de faire de ses élèves des êtres de désir : il cherche à susciter en eux non seulement le désir et le plaisir d’apprendre mais aussi le désir de partager, d’aider, d’apprendre aux autres, d’aller vers les autres, de construire des projets avec les autres, etc. C’est ainsi que l’apprentissage par coopération prend tout son sens dans la mesure où l’être n’évolue véritablement qu’à travers sa relation aux autres (nul ne peut s’épanouir seul, indépendemment des autres). P. Borg l’a lui-même constaté dans le cadre de son enseignement : solliciter les “forts” n’aide pas les “faibles” à s’améliorer (ceux-ci, se sentant exclus et n’arrivant pas à suivre le rythme, finissent par baisser les bras); et, vice versa, le fait de s’occuper des “faibles” en délaissant les “forts” ennuie beaucoup ces derniers qui, du coup, ne suivent plus le cours car démotivés. La solution à ce problème: les “forts” aident les “faibles”, ainsi tous (et chacun) trouvent leur compte et sont heureux d’apprendre les uns aux côtés des autres. L’esprit de compétition s’efface au profit de l’esprit d’équipe, d’émulation.

Enfin, but ultime de l’éducation jésuite : apprendre à l’élève le discernement, condition essentielle pour non seulement distinguer le bien du mal, ou démêler le vrai du faux, mais aussi pour apprendre à (mieux) se connaître, à prendre conscience de ses limites, savoir mettre à profit ses qualités, reconnaître ses défauts sans pour autant les laisser nous envahir ou nous culpabiliser, mais au contraire les dominer, les apprivoiser, les canaliser, etc.    

  1. L’expérience : point de départ de l’éducation ignatienne, l’expérience est la base sur laquelle viennent se greffer les actions de l’élève ou l’étudiant jésuite. La théorie à elle seule est insuffisante. L’élève, acteur de son propre apprentissage, construit non seulement son savoir mais également et surtout son savoir faire et son savoir être.
  2. Les lettres et sciences sociales et humaines : l’importance de ces disciplines humanistes ne réside pas tant dans le fait de préserver (en le véhiculant aux apprenants) le patrimoine culturel et artistique d’un pays, que dans celui de transmettre des valeurs humaines (spirituelles, sociales, éthiques, etc.) telles que l’ouverture au monde, le partage, la communion entre les peuples, entre les hommes… C’est dans ce sens que les collèges (et universités) jésuites ne sont pas des usines à produire des diplômes, l’essentiel étant de former des êtres au service les uns des autres (le métier ne doit donc pas être synonyme de commerce).   
  3. La mission : On entend par là le fait d’aller à la rencontre des autres afin d’en faire “des hommes et des femmes de désir”, être à l’écoute de l’autre, le servir, le secourir… l’aimer tout simplement.  
  4. Le service de la justice : P. Borg a insisté sur le fait que la vie n’a de sens que dans la mesure où l’on est ouvert à l’autre. D’où la nécessité d’agir et de s’engager pour secourir les plus démunis : en témoignent les maisons familles fondées partout dans le monde par les missionnaires jésuites (dernièrement, en Roumanie, une maison famille a pu sauver de l’enfer de la rue et de la misère plus de 3.000 enfants défavorisés qui, en hiver, se réchauffaient dans les égouts…). P. Borg a également donné l’exemple de Mère Teresa, éducatrice infatigable au service de tous, missionnaire secourant les déshérités (elle a fondé plus de 120 maisons de charité)…
  5. Vivre avec enthousiasme : Pour réussir sa vie, abstraction faite de toutes les difficultés et épreuves que nous pouvons affronter (et que nul ne peut éviter), le secret est de vivre pleinement chaque jour, chaque instant et de goûter au bonheur d’exister.

 

Il est à noter que l’intervention de P. Borg était d’autant plus intéressante que les exemples illustrant les différents points abordés (et que l’on n’a pas relevés dans leur intégralité) étaient issus de son expérience personnelle, ce qui a suscité l’intérêt de nombreux élèves, en témoignent leurs questions posées à la fin de la rencontre. Terminons enfin par cette belle réflexion de P. Borg sur l’éducation jésuite, qui fait écho à la pensée de P. Pedro Arrupe s.j.[2] : Le but de l’éducation jésuite est de former des personnes “ qui ont un cœur qui bat et qui bat pour les autres [3] ”.

 

G. S.




[1] Jésuite maltais ayant plus de 40 ans d’enseignement (de la langue anglaise) à son actif en Égypte.

[2] Pour le Père Arrupe (1907-1991), qui a été supérieur général de la Compagnie de Jésus de 1965 à 1983, ‘’Le but ultime de l’éducation jésuite est de former des hommes et des femmes pour les autres’.

[3] La citation de P. Arrupe fait aussi écho à la réflexion de P. Kolvenbach, citée par P. Borg : « former des hommes et des femmes de compassion ».