Nous du Collège n°290, février 2019

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Nous du Collège n°290, février 2019

Chantiers, réformes et projets…
Notre Collège en perpétuel développement

Charbel Batour, S.J.
Recteur

 

Chantiers sur les trois campus

Un chantier a déjà commencé il y a deux ans, il sera terminé l’été prochain. Après consolidation des assises du bâtiment des laboratoires, sa terrasse sera aménagée en cour de récréation couverte pour les classes de Première et de Seconde. Les élèves de ces classes n’ont jamais profité d’un espace adéquat à l’abri de la pluie en hiver, et du soleil au printemps et en été. Il est temps qu’ils en disposent d’un !

L’été dernier, nous avons achevé la réfection de la cour de récréation des 12e-11e. Avant les travaux d’aménagement, cette cour était devenue un espace peu sécurisé pour les tout-petits. Aujourd’hui, nous avons une cour revêtue de tartan, la matière de revêtement de sol la moins dangereuse pour les élèves. Le nombre d’accidents dans cet espace a diminué de 90% depuis la rentrée, cette année. Vue du ciel, sur la carte Google par exemple, cette cour semble bien épouser la couleur verte de la forêt. Vert, orange et bleu ont égayé cet espace un peu triste autrefois.

D’autres cours verront leur structure s’améliorer ou être complètement restaurée dans les années à venir. Cela dépendra de notre capacité de lever des fonds pour mener à bien les travaux nécessaires.

Le grand chantier du Collège Saint-Grégoire (CSG) fut l’événement le plus important de l’été 2018. Avec un campus au cœur d’Achrafieh, Jamhour se développe davantage à Beyrouth. Plusieurs projets sont déjà envisagés pour notre campus beyrouthin ; ils seront dévoilés dans les mois à venir. Par l’acquisition de l’ensemble de l’école arménienne Sainte-Suzanne, le Collège s’est considérablement agrandi, la circulation est nettement plus fluide et les élèves disposent d’espaces beaucoup plus importants pour étudier et pour se reposer. En septembre 2018, le CSG s’est bien métamorphosé. Il va toujours de l’avant.

 

Académie de technologie au Collège

Des chantiers technologiques sont prévus aussi au Collège. Le grand projet d’une académie de technologie et de robotique prend forme petit à petit. Cet été, deux ateliers seront animés par des experts de DigiPen Institute : un atelier de dessin et un atelier d’informatique. Dessin et informatique sont les deux compétences requises pour la création de jeux vidéo. Ces deux ateliers seront le point de départ de tout un projet de collaboration avec cet Institut américain dans les années à venir. D’autres contacts sont établis avec d’autres institutions aux États-Unis et en France, pour développer ce projet qui sera un projet pilote pour l’ensemble du pays.

 

Réformes pédagogiques

Cycle Primaire

Les chantiers pédagogiques ne manquent pas sur la Colline. Au niveau des classes du Petit Collège, une réforme est menée en douce pour alléger le fardeau scolaire des tout-petits. N’étant pas contraints par des échéances officielles, les éducateurs de ces classes sont systématiquement invités à privilégier la qualité de l’enseignement par rapport à la quantité, à miser sur l’approfondissement des études plutôt que sur l’achèvement formel des programmes, à stimuler la curiosité intellectuelle chez nos petits et non laisser place au formalisme des examens et à la course effrénée aux notes. Ce sont les raisons sous-tendant l’annulation des examens de mi-année. L’enjeu principal de cette « réforme douce » au Petit Collège est de réveiller chez nos enfants le désir d’apprendre, et leur donner la joie d’être à l’école en découvrant spontanément et progressivement le monde.

À côté de cette réforme générale, l’accent est mis sur le perfectionnement des langues surtout l’arabe et l’anglais. Sans que cela se fasse au détriment de la langue française, les équipes des professeurs d’arabe doivent redonner goût à la langue aux élèves. Renouvellement, modernisation et créativité sont à l’ordre du jour de ces équipes. Les différentes pièces de théâtre présentées au Collège ces derniers temps allient à l’avantage de l’expression orale devant un grand public la capacité de jouer sur scène, de chanter et de connaître le répertoire libanais. Ces activités aideront nos élèves à mieux maîtriser la langue du pays et à découvrir davantage leur culture locale. Être bien enraciné dans le contexte local et en même temps ouvert à l’apport d’autres langues et cultures est une idée-force de toute action pédagogique menée au Collège. L’anglais, qui s’enseignait jadis à partir de la 7e à raison d’une heure par semaine, est enseigné aujourd’hui à partir de la 10e; le nombre d’heures a aussi augmenté par rapport aux années précédentes. En 7e par exemple, nous sommes passés d’une heure à trois heures par semaine. De plus, une attention particulière sera portée, dans les mois et les années à venir, à l’expression orale et à l’écriture de la langue, deux compétences combien nécessaires à l’avenir académique et professionnel de nos élèves.

 

Cycle Complémentaire

Sur un autre plan, après de longues discussions pédagogiques au sein de nos équipes, nous avons décidé, l’année dernière, de changer notre pédagogie générale dans les classes du complémentaire. Nous avons ainsi opté pour la suppression de la distinction entre les matières de base et les matières complémentaires. Cette distinction qui avait sa raison d’être, il y a quelques années, était devenue inadéquate en 2018. Une importance particulière était jadis accordée à l’arabe, au français et aux maths, souvent aux dépens d’autres matières dites complémentaires. Cette année, nous avons développé une autre approche pour évaluer le niveau scolaire des élèves. Les différentes matières ont été regroupées en trois domaines : sciences, langues et humanités et les élèves sont supposés réussir ces trois domaines. Aucune priorité n’est donc accordée à un domaine par rapport à l’autre. Une pédagogie plus équilibrée, croyons-nous, a été conçue tout en renforçant l’exigence académique, un trait distinctif de notre système scolaire. Désormais, tout élève, pour réussir jusqu’à la 3e, doit développer ses compétences multiples ; il ne peut plus surinvestir un domaine et en négliger d’autres. Nous croyons que cette manière de concevoir notre éducation répondra mieux aux exigences académiques et professionnelles du monde de demain.

 

Cycle Secondaire

Dans le domaine académique aussi, le chantier le plus important cette année, et qui est loin d’être achevé, est celui de la réforme du Baccalauréat français, entamée à partir de cette année scolaire. Réunions, séminaires, discussions, conférences, etc., tout cela pour essayer de comprendre cette réforme et la mettre en place. Les programmes français font peau neuve, mais cette nouveauté semble générer une série de difficultés pour les éducateurs comme elle laisse nos élèves et leurs parents en désarroi. Les élèves, en fait, n’ont pas souvent la maturité nécessaire à ce choix et les parents, eux, n’ont pas l’habitude de laisser leurs enfants choisir par eux-mêmes ou de sitôt. Désormais, il n’y aura plus de filière fixe au bac, chaque élève aura à faire le choix de 3 matières principales en Seconde pour n’en garder que deux en Terminale. Cette nouvelle donnée nous complique énormément la distribution des classes et la répartition des enseignants, sans compter le coût supplémentaire d’une telle opération dans des classes où la scolarité est la plus élevée au Collège. De plus, la question la plus épineuse est de savoir dans quelle mesure nous allons pouvoir enseigner les deux bacs parallèlement d’autant que le fossé se creuse davantage entre les deux programmes libanais et français. Opter pour un Bac et délaisser l’autre n’a jamais été encouragé à Jamhour; cela irait à l’encontre de la tradition d’excellence tant prônée ! Si les élèves ont le courage de préparer les deux bacs, ils seront acculés – le cas échéant – à passer 8 périodes par jour du lundi à vendredi et 3 périodes les samedis.  

Reste à savoir si ce nouveau bac prépare bien nos élèves au travail universitaire au Liban. Cette question est celle qui nous préoccupe le plus, sachant que la majorité écrasante des élèves de Terminale, contrairement à ce que beaucoup pensent, restent au pays après la fin de leur cursus scolaire. Va-t-on préparer la masse des élèves à des programmes peu ou pas adéquats avec les cursus universitaires du pays ? Les universités vont-elles s’adapter à 6 ou 7 % des élèves du Liban qui présentent le Bac français ? Ne faut-il pas redonner au Bac libanais sa place au Collège ? Que faire alors avec des générations d’élèves et même de parents qui refusent consciemment ou inconsciemment de travailler l’arabe, langue nécessaire au Bac libanais ? Beaucoup de questions nous sont posées pour lesquelles nous n’avons pas, jusqu’à maintenant, de réponses définitives et claires. Dans tous les cas, les semaines à venir seront déterminantes pour une mise en place réaliste et adaptée à notre contexte.

 

Cela fait beaucoup de chantiers au Collège ! J’en ai cité quelques-uns. Un certain nombre a été entamé, un autre a été achevé mais il reste encore beaucoup à faire ! Le Collège se trahirait lui-même s’il arrêtait de se développer. Un système scolaire qui n’évolue pas ne peut que régresser. Une institution qui ne se renouvelle pas tant sur le plan matériel que sur le plan humain est vouée à la régression et à l’échec. Puissions-nous avoir l’énergie et les ressources nécessaires pour rester fidèles à la vocation de notre Collège : aller toujours de l’avant.